L'association Musicalinxe a été bien inspirée en retenant l'église Saint-Martin pour réunir son fidèle public. 200 mélomanes éclairés ont assisté au premier spectacle du programme 2011 et ont entièrement rempli la nef principale. Il s'agissait en effet d'un récital très attendu où l'un des plus prestigieux trombonistes d'aujourd'hui, Joël Vaïsse, super-soliste à l'Orchestre national de France et concertiste international, tenait la scène pendant une heure et demie en interprétant magistralement quelques-unes des pièces les plus remarquables du répertoire pour trombone, dont deux, composées spécialement à son intention.

Très sensible à la perception de son auditoire, Joël Vaïsse ne s'est pas trompé en interprétant le Concertino en sib majeur de Ernst Sachse, pièce très connue des trombonistes et un arrangement pour trombone et piano du « Cygne » de Camille Saint-Saëns, en passant par une œuvre contemporaine de Dittucci, qui, sublimée par la réverbération de l'église, a suscité les réactions enthousiastes du public.

Gérard Peyroux
SUD OUEST



Le lundi de Pentecôte n'est certes plus un jour férié, mais l'Orchestre national de France et son directeur musical, Kurt Masur, n'ont pas hésité pas à renoncer au jeudi de l'Ascension et à offrir aux Parisiens, en cette période généralement assez pauvre en concerts, un beau programme qui, malgré une forte connotation contemporaine, a rassemblé un nombreux public. Une expérience à renouveler!

Périlleuse entrée en matière, notamment pour les violons, la Première symphonie «Classique» (1917) de Prokofiev convainc moins dans ses mouvements impairs (Allegro lent mais non sans charme, Gavotte surchargée d'intentions) que dans ses mouvements pairs (Larghetto fin et léger, Finale vigoureux et enlevé).

Suivaient, de part et d'autre de l'entracte, deux partitions concertantes permettant de mettre en vedette les musiciens du National. Ce furent d'abord Marc Bauer et Joël Vaïsse pour la première française du Concerto for two (2002) pour trompette et trombone de Siegfried Matthus. Présent pour l'occasion, le compositeur, originaire de l'ancienne Allemagne de l'Est comme Masur, est un proche du patron du National, qui fut à la fois le dédicataire (pour son soixante-quinzième anniversaire) et le créateur de l'œuvre. Familier de l'écriture pour les cuivres, Matthus possède déjà à son actif des concertos pour trompette, trompette et timbales ainsi que pour cor. Ce double concerto, d'un seul tenant et d'une durée de vingt minutes, respecte, après une introduction confiée aux solistes, la traditionnelle forme tripartite, avec un premier volet qui évoque parfois Hindemith, un épisode central résolument lyrique, où la trompette passe au flügelhorn et le trombone au ténor, et une conclusion au rythme frénétique, mettant en valeur l'effectif inhabituel de l'accompagnement, où cuivres et percussions dominent les cordes, les bois étant limités à trois flûtes.

Délibérément brillante et efficace, la démarche devient même parfois franchement ludique. Les deux dernières sections sont ainsi reliées par une longue cadence (?) en forme de joute tournant presque au théâtre musical ou à un concert Hoffnung: après une compétition technique sur les aigus, les graves et les différents modes de jeu, le trompettiste et le tromboniste, mimiques à l'appui, combattent à coup de citations provenant de différents univers (Boléro, Marche de Rakoczy, Carmen, Orphée aux enfers et Thaïs, mais aussi Cadet Rousselle, L'Ile aux enfants, Le Petit vin blanc, ...), tandis que porté par le rythme, Bertrand Walter, ancien premier violon solo, enfile des lunettes noires et se trémousse sur sa chaise à l'avant-dernier rang de son pupitre.

Simon Corley
CONCERTONET.COM



En voyant la programmation, on se demande d'emblée qu'elle sera l'unité de la soirée. Entre un Prokofiev qui choisit, par bravade, de composer une symphonie classique, un Matthus qui écrit pour Kurt Masur une œuvre exprimant le chef allemand mieux que n'importe quelle interview, il y a déjà deux mondes musicaux. Mais ajouter encore à cet éclectisme, la finesse orientale de Bechara El-Khoury et la pompe magyare de Zoltan Kodaly, c'est une périlleuse gageure. Il n'y avait qu'un Kurt Masur pour oser la risquer et la réussir, dans un équilibre à son image et à sa bonhomie. Car, au final, le fil rouge du concert ne fut autre que l'esprit même du chef. Un esprit rieur, un rien espiègle, que les solistes ont adopté de bonne grâce pour transformer cette soirée en un divertissement rafraîchissant, gai et bon enfant.

Les premières mesures de Prokofiev nous livrent immédiatement la signature de l'auteur. Même s'il s'est volontairement voulu classique, particulièrement dans la Gavotte où l'on perçoit Haydn, les vents sont typiquement de sa main. Dans ce mélange, classicisme et tradition russe s'entremêlent à tel point qu'on ne sait s'il faut jouer russe ou classique ! Il est dommage que la justesse des violons ait quelque peu terni leur jeu avec les flûtes dans le Larghetto. D'autant plus regrettable que l'équilibrage des instruments était d'une finesse rare. Chacun y avait et y trouvait sa place, sans être étouffé, sans devoir se battre pour exister. Les nuances, extrêmement vivantes et présentes, restaient toujours très contrôlées. Jamais elles ne sortaient d'une fourchette si fine qu'à elle seule elle conférait toute l'unité des œuvres. Toutefois, au regard du reste du concert cette première œuvre laisse l'impression d'avoir été négligée, tant les instruments s'enchaînent mal, pour conclure dans un final somme toute approximatif. Mais la fraîcheur et la jovialité qui ne feront que croître au long de la soirée n'en seront aucunement altérées, ouvrant ainsi la voix aux deux solistes du concerto for Two de Matthus. Composé pour les 75 ans de Kurt Masur et sur mesure pour Philip Smith et Joseph Alessi, il est à regretter que Marc Bauer n'ait pas été à la hauteur de la partition, conçue pour être un duel entre les deux instruments. La finesse du jeu de Joël Vaïsse, écrase dès les premières notes son adversaire qui peine dans les aigus et n'apporte rien à ce qui aurait dû être une escalade de virtuosité. Finalement et au plus grand plaisir des auditeurs amusés, le duel se reporta sur le terrain de la fantaisie et de l'improvisation, conduisant le trombone à se transformer en trompette de cavalerie, à jouer le boléro sur embouchure, tandis que la trompette partait en train rejoindre le Capitaine Flam du trombone avant de se reposer avec Casimir dans l'Ile aux enfants, déclenchant l'hilarité de la salle conquise dans un long rappel qui fit oublier la crispation des timbales ou encore le manque de relief des petites percussions. Ce fut aussi l'occasion de mettre en valeur un très bon pupitre de cuivre, parfaitement homogène et équilibré.

Cyril Brun
RESMUSICA.COM




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